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L’ensilage de sorgho : une alternative au maïs ensilage ?

Ludovic Mesme
18/02/2010 I Mise à jour : 17:13 I Envoyer à un ami I Imprimer cet article

Les sécheresses de ces dernières années ont montré la limite du maïs ensilage en sol séchant. Le sorgho ensilage jusqu’à maintenant plutôt cultivé dans le sud ouest commence à apparaître dans notre région. Une série d’essais a été réalisée à la ferme des Trinottières pour mesurer l’impact de son utilisation dans la ration des vaches laitières.

Les différents sorgho
L’intérêt du sorgho réside dans sa meilleure résistance face à la sécheresse. Son système racinaire puissant permet de mieux explorer le sol. Par ailleurs, la surface cireuse de ses feuilles limite l’évapotranspiration et le dessèchement de la plante. Mais derrière le mot sorgho, il existe différents types : sorgho fourrager, sorgho grain et sorgho sucrier. Le sorgho fourrager (qui ne produit pas d’amidon) est plutôt destiné au pâturage. Il est capable de faire plusieurs coupes dans l’été. Le sorgho grain a développement végétatif faible et produit beaucoup d’amidon. Il est plutôt cultivé pour son grain. Le sorgho sucrier se rapproche plus du maïs en terme de développement mais élabore peu d’amidon dans notre région faute de température. Ce dernier permet de réaliser les meilleurs rendements en ensilage. A l’intérieur de cette catégorie, certaines variétés se distinguent. Elles sont caractérisées par le gène BMR (brown mid rid = nervure brune centrale) qui diminue la quantité de lignine (cellulose très peu digestible) dans la plante. A clé, ces variétés BMR ont une meilleure digestibilité mais sont également plus sensibles à la verse.

Quels résultats sur les vaches laitières ?
6 essais ont été réalisés sur vaches laitières à la ferme des Trinottières. Le sorgho grain, le sorgho sucrier commun et le sorgho sucrier BMR ont été testés. A chaque fois, un mélange 50 % maïs – 50 % sorgho a été comparé à un témoin 100 % maïs. Seul le dernier essai a été réalisé avec 65 % de sorgho. Pour le sorgho grain et le sorgho sucrier commun, la production laitière est en nette baisse : -3.5 à – 4 kg de lait / VL avec une hausse du TB et un maintien du TP. Pour les sorghos sucriers BMR, la baisse de production est limitée avec – 1 kg de lait et le TB est également en hausse. (cf tableau). L’ingestion est en baisse avec un taux de MS de l’ensilage faible (25 à 28 %). Par contre, l’efficacité alimentaire est supérieure au lot témoin. Au regard de cette série d’essais, le sorgho BMR apparaît comme l’alternative la plus intéressante mais à confirmer.

Tableau n° 1 : Impact de l’introduction de 50 % d’ensilage de sorgho dans la ration des vaches laitières comparé à une ration 100 % maïs sur les performances zootechniques (source : Ferme des Trinottières, 2006-2009).

Un itinéraire technique à consolider
Le semis doit se réaliser sur un sol réchauffé (mini 12°C) et bien ressuyé. L’écartement de semis peut être de 75 cm comme pour un maïs ou 12.5 à 25 cm avec un semoir à céréales. Avec un écartement de 75 cm, un désherbage mécanique peut être réalisé. Pour le désherbage chimique, il y a peu de produits homologués et la réussite n’est pas toujours évidente. Le risque de verse avec les variétés BMR est plus important notamment en cas de forte fertilisation et/ou irrigation. En cas de verse, la récolte devient alors très difficile. Des essais sur l’itinéraire technique du sorgho sont en cours pour mieux assurer le rendement et la récolte.

Intérêt économique
A partir des résultats des essais conduits aux Trinottières, des simulations économiques ont été réalisées pour les différents sorghos. Pour le sorgho grain et le sorgho sucrier commun, l’impact économique est négatif (de l’ordre de -10 à - 14 ¤/ 1000 L) en lien avec la forte baisse de production et d’efficacité alimentaire. Par contre pour le sorgho sucrier BMR, son incorporation à 50 % dans la ration hivernale a un impact économique positif dès que le rendement du sorgho est égal ou supérieur à celui du maïs (cf. tableau 2). Cette tendance est liée à la meilleure efficacité alimentaire du sorgho.

Tableau n° 2 : incidence économique de l’introduction de 50 % de sorgho sucrier BMR comparée à une ration 100 % maïs (source : Groupe Alimentation des Pays de la Loire)

Quelles valeurs alimentaires pour l’ensilage de sorgho ?
Aujourd’hui, il n’existe pas d’équations spécifiques au sorgho pour le calcul des valeurs UFL et PDI. Les laboratoires utilisent pour l’instant les équations du maïs ensilage. Pour les sorghos grain et sucrier commun, les valeurs calculées sont proches de la réalité (UFL : autour de 0.85, PDI : égale voire supérieure au maïs). Par contre, pour les variétés BMR, les équations maïs sous-estiment systématiquement la valeur UFL (autour de 0.90 UFL, PDI idem au maïs).

Nicolas BULOT
Chambre d’Agriculture / CLASEL

   
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