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Boiteries des bovins : des maladies à ne pas prendre à la légère

Ludovic Mesme
19/02/2010 I Mise à jour : 16:36 I Envoyer à un ami I Imprimer cet article

En élevage laitier, comme allaitant, les boiteries représentent un trouble pathologique fréquent qu’il ne faut pas sous estimer.

Parmi les pathologies cliniques identifiées chez les bovins, les boiteries arrivent en 2ème position, derrière les mammites. On estime que 13% des vaches sont touchées chaque année par un problème de ce genre.
Par définition la boiterie est un trouble de l’appareil locomoteur. Elle va provoquer chez l’animal atteint une diminution de ses déplacements et une baisse de l’appétit. On observera une baisse de la production (lait et viande) ainsi que des problèmes de reproduction. En tenant compte du temps passé aux soins, des frais vétérinaires et des baisses de performance les pertes économiques peuvent être rapidement importantes pour un élevage.

Facteurs de risques
Les facteurs favorisant les boiteries sont multiples. On peut toutefois en identifier deux principaux : le logement et l’alimentation, pour lesquels des adaptations sont possibles.
Les bétons neufs peuvent être à l’origine de véritables épidémies de boiteries sur le troupeau. Ils ont un effet abrasif qui, conjugué avec un excès d’humidité, provoque une usure prématurée de la corne. Il ne faut toutefois pas les lisser au risque de provoquer des accidents osseux ou musculaires. Il est enfin indispensable de neutraliser les bétons neufs : pour cela on peut appliquer 2 fois à quelques jours d’intervalle une solution acide. Un mélange de 1 litre de vinaigre pour 10 litres d’eau ramènera le pH du béton à la neutralité.
L’alimentation induit des boiteries, notamment dans les cas d’acidose. Des carences en oligo-éléments (Ca, P, Zn, Cu, Se) peuvent également être à l’origine de cette pathologie.

Derrière le terme de boiteries, se cachent différentes affections que nous allons à présent détailler.

Le panaris
Il est issu de la pénétration de germes à partir d’une blessure au niveau du pied. On observe alors un gonflement au dessus des sabots. C’est une maladie grave qu’il faut traiter. Elle peut en effet dégénérer en arthrite. Le panaris est également contagieux : quand l’abcès perce, les germes sont disséminés sur l’aire de vie et peuvent contaminer les animaux sains. Un fois diagnostiquée, un nettoyage (avec de l’eau de javel et la prescription d’un traitement vétérinaire antibiotique (général et local, viendront à bout de cette maladie. Une approche préventive consiste à retirer tout ce qui peut être traumatisant pour les pieds des animaux et à éviter les passages humides. Le passage du troupeau dans un pédiluve (hauteur de 12 cm pour mouiller les petits onglons) contenant une solution désinfectante à base de sulfate de cuivre ou de zinc et un acide organique donne de bons résultats en prévention .

La dermatite digité (ou maladie de Mortellaro)
C’est une affection bactérienne qui provoque une inflammation de la peau de la couronne des onglons. Très fréquente, elle va surtout toucher les pattes arrières. La lésion, caractéristique, se traduit par une verrue à la surface rugueuse et rouge (type framboise), entourée d’un liseré blanc et qui dégage une forte odeur de charogne. Là encore un nettoyage minutieux s’impose. Même traités, les animaux restent porteurs de germes. On observe généralement une nette amélioration de la situation à la mise à l’herbe. Là encore l’utilisation régulière d’un pédiluve améliore la situation.

Le fourchet (ou dermatite interdigitée)
C’est une inflammation superficielle de l’épiderme, débutant sur la peau interdigitée et s’étendant jusqu’aux talons (nécrose qui prend la forme d’un V). Des complications peuvent apparaître comme des cerises (ulcère de la sole du pied) ou des limaces (masse fibreuse entre les onglons) qui pourront être à l’origine de boiteries. Le traitement consiste en un parage efficace qui permet d’éliminer toute la corne de mauvaise qualité, surtout au niveau du talon et de ré-équilibrer le sabot. Le passage du troupeau dans un pédiluve a une action préventive efficace.

La fourbure
Cette affection est très liée au système d’élevage plus intensif. C’est une inflammation du pododerme. Elle se traduit par un sabot qui pousse anormalement (concavité sur le dessus) et qui présente des stries de croissance. L’alimentation joue un rôle majeur, et notamment tout ce qui favorise l’acidose (soit un surplus de concentrés et un manque de fibres dans la ration). Le stress lié au vêlage explique aussi l’apparition de ces problèmes. Là encore un parage est nécessaire pour ré-équilibrer le sabot et éviter l’apparition de complications (cerises ou limaces).

D’autres affections moins fréquentes touchent les bovins. On peut citer :
 Les fractures
 L’hygroma, un gonflement du genou du fait de contusions répétées.
 Les arthrites
 Les tarsites, qui sont des inflammations des jarrets, souvent observée après l’installation de logettes)
 La bouleture, qui concerne les gros veaux. Ceux-ci marchent en s’appuyant sur les boulets. On la rencontre parfois sur les vaches fraichement vêlées.

Du fait du mal être des animaux, les boiteries peuvent engendrer des pertes économiques importantes dans les élevages. Pensez donc à jeter un coup d’½il sous les pieds de vos bovins et à consulter votre vétérinaire en cas de doute. Une séance de parage pour les animaux ayant de mauvais aplomb permet la plupart du temps d’améliorer la situation.

Philippe DIMON / Chambre d’agriculture
Hervé BAUDET / CLASEL

   
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